Une Peugeot s'impose, mais pas celle que l'on pouvait imaginer (ALMS)

Analyse // 5 choses à retenir des 12 Heures de Sebring 2011

Les 12 Heures de Sebring se sont achevées sur une victoire de Peugeot, par l’intermédiaire de l’équipe Oreca. Il s’agit de la première victoire d’une équipe privée engageant un diesel, en présence de voitures usine, un « coup de maitre » réalisé par Hugues de Chaunac et son équipe. Cette première manche de l’Intercontinental Le Mans Cup a tenu toutes ses promesses. Voici 5 points clés à en retenir.

Une Peugeot s'impose, mais pas celle que l'on pouvait imaginer (photo ALMS)

L’Audi R15+ toujours rapide mais victime de faits de course

Les espoirs d’Audi se sont vite envolés, dans la première moitié de ces 12 Heures de Sebring. Mike Rockenfeller a du repasser à deux reprises par les stands, suite à deux crevaisons successives. Avec le pneu endommagé à changer, mais aussi des pièces de carrosserie, l’arrière étant détruit, ce sont en tout 8 tours de perdus dans la manœuvre, et une chute à la 50e place lors de la sortie des stands ! Dindo Capello, Tom Kristensen et Allan McNish croyaient eux avoir une course plus simple. Pas de fait de course jusqu’à un accrochage avec une Peugeot officielle.

Audi à l'attaque pour la 10e et dernière course de l'Audi R15 (photo James Boone)

Alors deuxième, l’Audi R15+ de Capello est « victime d’une attaque de Marc Gene » selon Audi. Capello, dans son rôle, protège sa ligne, et c’est en effet un peu plus à Peugeot que l’on peut reprocher ce fait de course… Suspension arrière cassée, la voiture perd 7 tours, un écart énorme mais finalement faible à Sebring, lorsque l’on sait qu’un tour s’exécute en moins de 2 minutes. Dès cet instant, les deux Audi R15+ n’étaient plus en position de gagner. Alors, les pilotes ont aligné les tours rapides.

Les Audi R15 ont eu une course difficile, perdant 7 et 8 tours ! (photo ALMS)

L’Audi R15 termine sa carrière courte de seulement 10 courses avec 3 victoires (Sebring 2009, Le Paul Ricard et Le Mans 2010). La page est tournée, et Audi est désormais à 100% sur la R18. Lorsque l’on voit le résultat maigre (4e et 5e) obtenu par ces Audi R15+ pour la première course de l’année, Audi a de quoi nourrir de sérieux regrets. Espérons que le temps passé sur la R15+ n’ait pas trop grignoté le temps de préparation de la R18, qui devra, dès ses débuts à Spa, être dans le coup. C’est cela qu’il faut retenir de Sebring : La R18 ne pourra pas se permettre une course de mise en jambes à Spa, à cause du résultat mitigé de ce week-end.

Peugeot en tête du classement constructeur

Ce n’est pas la Peugeot que l’on attendait, mais après tout, en 2011, Olivier Quesnel l’a dit, Peugeot doit l’emporter, et peu importe qu’elle soit officielle ou Oreca. Si l’an passé, la ligne de Peugeot était clairement d’utiliser Oreca comme un satellite, une équipe « intégrée » au team officiel, pour 2011, chacun retrouve sa liberté. Oreca ne dispose pas du même matériel que Peugeot, les échanges sont donc désormais moins forts. Chacun sa course, avec comme lien, la volonté de faire gagner une marque. Cette ré-orientation dans la façon d’aborder l’importance de son équipe privée, Peugeot a pu la mettre en oeuvre, et en voit les résultats ! Oreca, comme prévu, profite de l’affrontement Audi / Peugeot une nouvelle fois très fort, mais aussi de l’absence de faits de course.

Très bel affrontement Audi / Peugeot pendant la première moitié de course (photo ALMS)

« C’est une très belle victoire. Nous n’avons rencontré aucun problème avec la voiture. Si on veut gagner à Sebring où au Mans, il faut de toute manière n’en avoir jamais aucun. Je suis particulièrement fier de ce succès car il a été acquis sur un circuit historique. Il y a deux courses à gagner en endurance : Les 24 Heures du Mans et les 12 Heures de Sebring« . Par le passé, j’ai pu être critique à l’égard d’Hugues de Chaunac et de son assurance parfois déroutante face à l’évidence. Mais ces 12 Heures de Sebring sont un coup de maitre, félicitations.

Langue de bois

Si l’on écoute les constructeurs engagés au plus haut niveau, gagner Sebring n’est jamais un objectif. Il en est de même pour les 6 Heures de Spa Francorchamps. Il y a toujours une bonne raison pour dire que l’objectif n’est pas la victoire… mais plutôt « d’engranger de l’expérience« . Ambition dissimulée ou vraie langue de bois, cette attitude commune qui consiste à dire que l’objectif c’est Le Mans, et rien d’autre, n’est plus vraie en 2011… L’avènement de l’Intercontinental Le Mans Cup, qui structure un vrai championnat, donne à un Sebring ou à un Spa, assez de « poids » pour être un véritable objectif, et non plus une séance de travail.

Ainsi, cette année, Audi et Peugeot ont beaucoup moins joué cette carte du « nous sommes venus pour l’expérience« . Si Audi voulait de l’expérience, alors la marque aurait aligné ses R18 qui sont prêtes mais pas encore dans tous les détails. Non, Audi a voulu viser la victoire avec une auto compétitive, que le Dr Ullrich connait. Idem chez Peugeot. Claquer la pole et aligner les tours rapides n’est pas une façon de gagner seulement en expérience, c’est une façon de viser la victoire. D’ailleurs, comment des garçons comme Montagny ou Sarrazin pourraient n’avoir en tête qu’un objectif d’expérience, une fois la course lancée… Le seul qui a vraiement annoncé vouloir gagner, l’a fait. Hugues de Chaunac. Pas forcément pris au sérieux, en tout cas pas à sa juste valeur, tonton Hugues a dit qu’il avait la voiture, et les pilotes. Lui était là pour gagner, sans en avoir peur.

Certes, Oreca a aussi bénéficié d’une course sans problèmes, et n’est pas dans le match tendu Audi / Peugeot, qui a couté une voiture a chaque marque. Mais la victoire de la Peugeot 908 Oreca à Sebring n’est pas seulement une question de chance, c’est le fruit d’une ambition affichée et claire.

Excellent début pour Nissan et l’équipe Signatech en LMP2

Alors que l’on assiste à la domination Acura en P2 depuis plusieurs saisons en ALMS, deux constructeurs Japonais font leur arrivée en endurance cette année… Toyota, via l’équipe Rebellion, mais aussi Nissan, discret, avec la sérieuse équipe Signatech (ex Signature). La première avec le chassis Oreca 03 ne se termine pas par un succès, mais être de suite dans le coup, avec une seconde place finale, qui aurait pu le prévoir ?

Beau début pour Nissan en P2 avec une seconde place (photo James Boone)

On attendait peut-être le Oak Racing devant, dans la continuité de l’ILMC 2010, mais les hommes de Jacques Nicolet se contentent d’une troisième place. Devant, le Level 5 Motorsports, qui, sur le papier, dispose d’un beau matériel, mais sera peut-être moins à l’aise sur les circuits Européens. Définitivement, en LMP2, c’est le bon début de Nissan et de l’équipe Signatech qui me marque. Des problèmes de coupures sur le boitier électronique de sélection de vitesses ont empêché le team de s’imposer, mais on sait que ces soucis seront réglés pour la suite. « Sebring était un bon test pour la sortie de l’Oreca 03 à motorisation Nissan, car nous avions très peu roulé avant la course. La voiture était agréable à conduire, il fallait surtout faire attention au trafic et à deux points sensibles sur la piste. Sans nos soucis électroniques de boite, nous aurions certainement gagné » explique Soheil Ayari, rapide, qui avait décroché la pole position vendredi. Une première importante pour la confiance, tant chez Nissan que chez Signatech, qui retrouve le haut des feuilles de chrono, après une année passée dans l’ombre des P1 de pointe en Europe.

BMW déjà devant dès la première course

Champion des constructeurs en GT2 en ALMS 2010, BMW repart du bon pied en GTE. Avec un doublé, BMW s’impose à Sebring, ce qui n’était plus arrivé depuis 1999, et la victoire au général de la V12 LMR.

BMW fait la meilleure opération en GT avec un magnifique doublé (photo ALMS)

Pour retrouver les traces d’une victoire de BMW M3 à Sebring, il faut remonter à l’édition 1998, avec Boris Said et Bill Auberlen, en GT3. En un mot, cette victoire est historique, et surtout, elle lance très bien BMW dans cet ILMC 2010.

La Panoz Abruzzi a fait ses vrais débuts en course (photo : ALMS)

La version Européenne prendra t-elle le relais à Spa, via l’équipe Schnitzer ? Les deux BMW M3 GT ont en tout cas réussi leur premier examen d’endurance, avec, au troisième rang, l’ami Tommy Milner, ex BMW, qui place sa Corvette. En Europe, on sait que la M3 est un peu moins en forme. L’an passé, elles avaient montré leurs limites… mais qu’en sera t-il cette saison ?

GTE-AM : une première logique avec la victoire de Krohn

Si le GTE-pro est une poursuite logique du GT2, puisque l’on retrouve les mêmes équipes aux avant postes, la naissance du GTE-AM posait elle une grande question.

Le Krohn Racing est la première équipe à s'impose en GTE-AM (photo : ALMS)

Cette division du GT allait elle apporter aux équipes privées une vraie reconnaissance ? En voyant la F430 de l’équipe Krohn Racing gagner à Sebring, on se dit que le GTE-AM parvient d’entrée de jeu à remporter son pari. Krohn Racing, équipe « amateur », qui a longtemps évolué dans l’ombre de Risi Competizione, est exactement l’équipe type que visait ce nouveau règlement. Une équipe appliquée, sérieuse, rapide, mais avec ce caractère amateur revendiqué. Ce premier résultat est conforme aux attentes.

Voici les 5 points à retenir de ces 12 Heures de Sebring 2011.

  • Audi commence la saison avec malchance, et met la pression sur sa R18 dès Spa. Un petit joker à déjà été grillé.
  • Oreca, qui est désormais « libre » d’évoluer seul en P1, saisira sa chance tout au long de la saison. L’état major de Peugeot en a eu un avant goût.
  • Nissan apprend discrètement pour son retour, et a pu collecter des données sur l’intégralité des 12 Heures
  • Le team RLL remplit sa mission pour BMW aux Etats-Unis, mais Schnitzer pourra t-il en faire de même à Spa ?
  • Le GTE est lancé, et permet aux privés d’être enfin récompensés de leurs efforts

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