Analyse // 8 choses à retenir des 24 Heures du Mans 2010

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La victoire magnifique d’Audi aux 24 Heures du Mans 2010, fut décrochée à l’issue d’une course très disputée. Derrière course d’une ère façonnée par les duels Audi / Peugeot, cette édition 2010 peut se résumer en 9 points.

908 : La déroute d’une voiture âgée de 4 ans !
Cette édition 2010 restera dans l’Histoire des 24 Heures du Mans comme une édition à suspense, à rebondissements, au cours de laquelle la bataille dans toutes les catégories fut belle. Avant les premiers essais libres, on ne savait encore pas comment se situerait la nouvelle R15+ face aux Peugeot 908. Revue, la voiture signée Audi est derrière, et loin, à l’issue de la première journée. Le jeudi, les chrono tombent un peu, mais on comprend que la course se fera en deux temps : les Peugeot 908 partiront devant, comme elles l’ont si souvent fait durant leur carrière. Les AUdi R15+ seront elles contraintes à rester en retrait. Chez Audi, le Dr Wolfgang Ullrich a compris que sur la piste, il ne pourra aller chercher la voiture française. Il décide donc d’établie une stratégie zéro erreurs. Les 9 pilotes Audi ont une consigne, ne pas faire d’erreurs. Mis à part le passage quasiment obligé de TK dans le gravier au virage Porsche (en voulant éviter une GT2), qui le contraindra à repasser par le box, et à y rester un peu, les Audi ne feront pas d’erreurs « chères ».

Abandon de la n°3 de Sébastien Bourdais

Ce sont sur de petits détails que se jouera la victoire. Une quille touchée par Ben-poy, la nuit, va l’obliger à repasser par les stands pour changer le capot avant, perdant 1 tour. TK avait lui perdu 2 tours… Et voila la hiérarchie des Audi.397, 396 et 394 tours (Mc Nish s’étant fait dédoubler pour apparaitre sur la photo de famille). L’arrivée groupée des Audi R15+ est à l’image de leur course, solide, collective. Les pilotes des R15+, toujours à plus de 2 secondes des meilleurs temps Peugeot, ont tout donné pour pousser leur monture.

L'Audi n°9 au petit matin

On a vu notamment Romain Dumas ou Timo Bernhard sortir de leur auto rinés, cherchant à s’asseoir tout de suite… vidés ! Défaite de Peugeot ou victoire d’Audi, on peut tirer deux interprétations de ce résultat historique ! En une décennie (11 courses), Audi aura remporté 8 succès, ne tombant que face à la Bentley EXP Speed 8 (avec des pilotes Audi, et un soutien Audi), et la 908 en 2009.

Pas d’erreurs. Les Peugeot n’en n’ont pas fait beaucoup non plus. La rupture de l’attache de suspension avant droite, sur la Peugeot 908 n°3, aura mis fin à l’aventure de Sébastien Bourdais, en larmes. La n°2 rend l’âme au petit matin, à 7h24. Franck Montagny gare sa 908 dans un panache de fumée blanche, peu après le Tertre Rouge. Un photographe de l’Equipe, présent sur place, immortalise la déception de Franck Montagny, quasi poétique. Minass’, FKM et Sarrazin n’auront pas l’édition 2010. La 908 n°1 part elle aussi à 12h51, achevant totalement l’image de Peugeot, et donnant au Mans tout son statut de course terrible, où tout peut arriver. Gene, Wurz et Davidson auront réalisé une course que les puristes garderont en mémoire, tournant tous au moins une fois dans des temps inférieurs à la pole de Sébastien Bourdais. Le relais de Davidson notamment, passant quatre roues en l’air sur un vibreur, est mémorable, à garder dans la légende du Mans 2010.

Audi n°8 aux 24 Heures du Mans 2010

Bruno Famin a confié à notre confrère de l’équipe, Carole Capitaine, que l’auto n’avait cessée d’évoluer en 4 ans… « Dire qu’on la connait depuis 4 ans, c’est vrai et c’est faux. Bien sûr on connait sa base, mais on amène à des niveaux de contrainte plus élevées des pièces qui étaient validées l’année précédente« . C’est sur la validation des pièces que le gros travail va intervenir, pour espérer revenir en 2011 plus fort. Nul doutes que le statut de favori, que Peugeot n’a jamais voulu assumer, ne sera plus de leur coté dans 1 an.

Mission accomplie pour la R15+ et Romain Dumas
Depuis Yannick Dalmas, en 1999 sur une BMW V12 LMR, aucun français n’avait remporté les 24 Heures du Mans au général. Romain Dumas goute à la victoire au Mans, après avoir déjà cumulé des succès à Sebring, à Spa et au Nurburgring. Un pilote complet. « L’intelligence de l’équipe a été remarquable. Nous avons travaillé ensemble, personne n’a fait d’erreur. Cela a été payant au final. Maintenant nous avons repris la coupe et c’était notre objectif. Je suis ravi« . Romain Dumas, pilote le moins médiatique de la triplette Bourdais / Montagny / Dumas, qui était chez Renault en 2002, est maintenant le sul des trois à avoir décroché LA grande épreuve d’endurance du Monde. Magnifique, pour un pilote qui en plus, est accessible et d’une gentillesse gigantesque.

Acura remporte dès sa première apparition
Les Acura sont venues cette année au Mans pour la première fois. 2010 marque le débarquement sur le sol Européen, et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette arrivée se passe bien. En Le Mans Series, le titre devrait être accessible sans trop de problèmes, et cette victoire au Mans donne déjà un engagement d’office à l’équipe Strakka !

Acura de l'équipe Highcroft

Une belle prestation, avec des pilotes réguliers, profitant, il faut l’avouer, des problèmes de surchauffe survenus sur la voiture du Highcroft Racing. La voiture a fait des triple relais avec des pneus medium jusqu’à deux heures du matin, puis est passée en pneus soft durant la nuit.

Acura de l'équipe Strakka, vainqueur en P2

Avec une course sans embuches, HPD a prouvé que sa nouvelle ARX-01b peut rivaliser sur les circuits européens, comme elle le fait sur les circuits américains !

Pescarolo vraiment absent ?
henri Pescarolo a vécu une semaine Mancelle bien différente que celles auxquelles il est habitué. Les 44 précédentes éditions d’Henri se sont déroulées au volant d’une voiture, ou sur le muret des stands… En 2010, Henri Pescarolo était embarqué comme consultant, pour l’équipe mais aussi Eurosport. Pesca’, comme on aime l’appeler, aura passé le plus clair de son temps en salle de presse, rédigeant lui même ses piges, y prenant goût même. Vraiment absent ? Il fut présent à tous les moments clés, du pesage à la grille de départ. Même si, comme il le rappelait à de nombreux journalistes, le team Oak Racing est indépendant, la seconde place de la n°35 de Moreau / Lahaye / Charouz est un petit succès, derrière des Acura un cran au-dessus.

OAK Racing 2e et 4e en P2

A l’image des Audi, la Pescarolo a réalisé une course rapide, régulière, mais n’a jamais tenté de faire le sprint avec les Acura. Celle du Highcroft Racing y a laissé son moteur, victime d’une surchauffe, tandis que la Strakka a elle filée vers la victoire.

Les limites du GT1 au Mans, la nécessité du nouveau règlement
Le  nouveau règlement pour les 24 Heures du Mans 2011 va initier deux grandes classes : GT « Pro » et GT »Am ». La catégorie LM GT1 ne sera pas reconduite en 2011, pour les trois raisons suivantes :

* Calendrier FIA GT et Le Mans souvent incompatibles.
* Peu de GT1 inscrites dans les séries Le Mans.
* GT1 actuelles plus tournées sur les courses sprint qu’endurance.

Basé sur le règlement GT2 actuel, avec quelques aménagements possibles, ce règlement condamne en fait les voitures présentes cette année. La Ford GT n’aura donc pu faire qu’un an (à moins d’en développer une GT2), dommage…

Saleen, 10 ans après
Il y a presque 10 ans entre les débuts de la Saleen S7R en compétition, et sa première victoire de catégorie au Mans, en GT1. 10 ans que Terry Borcheller, Tom Kendall et Ron Johnson avaient fait débuter la supercar, lors de la manche de Laguna Seca en ALMS 2000. Une époque ou les références se nommaient Chrysler Viper GTS-R, Chevrolet Corvette C5R.

Saleen décroche enfin le GT1

Bien que victorieuse, la Saleen n’aura joué aucun role dans la course. Jamais vraiment embarquée dans une bataille, jamais vraiment rapide, elle profite des abandons d’une catégorie ne comptant que 3 voitures à l’arrivée.

Porsche prend sa revanche sur Ferrari
Après plusieurs anées de domination Risi Competizione, c’est Porsche qui reprend la main. Pas via l’équipe IMSA Matmut, mais via le team Felbermayr, qui impose la n°77. Une belle victoire, et un engagement déjà confirmé pour 2011 !

Opération manquée pour Jaguar et ses 75 ans
Discrète avant les 24 Heures du Mans, la marque Jaguar le fut aussi dans la Sarthe. On pouvait s’attendre à une plus grosse célébration, avec la présence de Groupe C, mais aussi de Type C ou D à la parade. Elles furent toutes là, de la XJR9 de Buncombe à la XKR engagée en GT2, mais il n’y a pas vraiment eu de fil conducteur pour célébrer ces 75 ans ! En 1951, la Type C remporte les 24 Heures du Mans dès sa première participation, avant de décrocher une nouvelle victoire en 1953. La Type D s’impose quant à elle à trois reprises, en 1955, 1956 et 1957.

Jaguar a loupé son rendez-vous avec l'Histoire

Puis la marque enregistre un nouveau succès au Mans en 1988 avec sa Jaguar XJR-9LM, une voiture de type groupe C animée par un moteur V12. Enfin en 1990, Jaguar remporte une nouvelle victoire sans appel avec sa XJR-12. En piste, la voiture de Paul Gentilozzin’aura pas été à la hauteur de cet héritage. Le stand de la Jaguar fut même un des stands les plus étranges, avec l’absence de dalles au sol, des tables et des chaises de camping…

Auteur : Geoffroy Barre

Endurance Magazine est un blog pour les passionnés d'endurance et de sport auto créé par Geoffroy Barre, qui suit les 24 Heures du Mans depuis 1993 et se rend sur les meetings ELMS / WEC.

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