Analyse // La saison 2011 ratée d’Aston Martin en LMP1

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Elle devait être l’arme fatale d’Aston Martin, celle par qui la bataille avec Audi et Peugeot allait enfin pouvoir se matérialiser. Elle, c’est l’Aston Martin AMR-one, première Aston Martin prototype conçue 100% maison sous l’ère David Richards.

Aston Martin AMR-one aux 24 Heures du Mans 2011

Aston Martin AMR-one aux 24 Heures du Mans 2011 (©photo Geoffroy Barre)

Lancée « tard » dans l’intersaison, sur une base technique contestable et contestée par la plupart des observateurs, l’AMR-one a ruiné la saison 2011 du constructeur Anglais. Retour sur un échec que rien ne laissait présager.

Aston Martin AMR-one : Un prototype 100% maison

C’est le 3 mars 2011 qu’Aston Martin révèle les détails techniques et la livrée définitive de son AMR-one, la descendante de la Lola B09/60 (aussi appelée par abus de langage Aston Martin DBR1).

Lola LMP1, celle qui a ouvert la voie

Avec le moteur employé par l’Aston Martin DBR9 GT1, l’Aston Martin a chassis Lola a permis à la marque de créer sa place en catégorie prototypes en 2009 et 2010. Elle participe pour la première fois au 24 Heures du Mans en 2009 dans la catégorie LMP1. Au général, les trois véhicules sont classés 4e (4e en LMP1), 13e (11e en LMP1), et 40e (disqualification). La force de frappe de l’époque est impressionnante, les moyens déployés par David Richards impressionnant, ce qui permettra à Aston Martin de décrocher le titre en Le Mans Series. On se prend alors à rêver de voir les Lola Aston Martin se battre avec les diesel Audi R15 et Peugeot 908 pour la saison 2010. Une faible évolution des équivalences, et des budgets réduits chez Aston Martin ne vont pas permettre à cette confrontation d’avoir lieu. D’autant que David Richards a déjà le regard tourné vers l’avenir.

Première image officielle de l'Aston Martin AMR-one

Première image officielle de l'Aston Martin AMR-one (© Aston Martin Racing)

Pirate de toujours, aux cotés d’Henri Pescarolo, David Richards parlait déjà des équivalences dès 2009 : « Notre volonté est de continuer à être présent aux 24 Heures du Mans en catégorie reine, mais nous exigeons un règlement qui permette aux prototypes essence de rivaliser à armes égales avec les voitures diesel. Si ce n’est pas le cas dans les années à venir, nous nous replierons vers un programme en GT, via la V8 Vantage GT2 » (à lire dans 20 Minutes). A la fin de la saison 2010, ou l’équipe officielle n’est pas apparue beaucoup en compétition à l’exception des 24 Heures du Mans (Signature-Plus obtenant la deuxième place du classement final des Le Mans Series derrière la Peugeot 908 d’Oreca), la décision est alors prise de passer à un prototype 100% maison.

6 cylindres en ligne, un choix technique contesté

Le coeur de cette Aston Martin AMR-one, c’est son moteur. Exit les moteurs issus de la série, pour cette première LMP1 100% Anglaise, un moteur spécial est étudié. Spécialement conçu pour la course, le choix se porte vers un 6 cylindres en ligne. « Cette nouvelle voiture sera en pleine conformité avec le nouveau règlement ACO, notamment l’article 19 concernant l’équivalence avec les diesels« ,indiquait George Howard-Chappell, le Team Principal d’Aston Martin Racing dans les colonnes de LeMans.org.

Je ne vais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais on a quand même l’impression qu’ils ont opté pour des solutions techniques que nombre d’ingénieurs présents ici savent être de très mauvais choix – Henri Pescarolo

Monté en position centrale arrière, ce 6 cylindres en ligne 2 litres turbocompressé possède une injection directe. Il s’agit, contrairement à Audi et Peugeot, d’un moteur essence, quatre soupapes par cylindre, qui développe 540 chevaux approximativement.

Le moteur de l'Aston Martin AMR-one (Le Mans 2011)

Le moteur de l'Aston Martin AMR-one (Le Mans 2011) (© photo Geoffroy Barre)

Ce moteur, personne n’en n’a compris le choix. Alors que la tendance est au downsizing et à des architectures plus conventionnelles, Aston Martin fait dans l’originalité. Un choix qui est à rapprocher des « largesses » du règlement, souple en ce qui concerne la taille de la voiture, donc, in fine, le choix de la motorisation, me confiait avant les 24 Heures du Mans, Georges Howard-Chappell. « Je ne vais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais on a quand même l’impression qu’ils ont opté pour des solutions techniques que nombre d’ingénieurs présents ici savent être de très mauvais choix » confiait Henri Pescarolo à Cédric Voisard du Figaro.

Débuts en compétition aux 6 Heures du Castellet

Débuts en compétition aux 6 Heures du Castellet (© Aston Martin Racing)

Ce choix sera en fait un échec. Forfait aux 12 Heures de Sebring puis aux 1000 km de Spa-Francorchamps 2011, Aston Martin aligne un exemplaire aux 6 Heures du Castellet. Mucke, Turner et Primat doivent composer avec une voiture qui manque clairement de puissance. Pire, elle ne peut pas exploiter 70% de son potentiel moteur, sous peine de « casser ».

Crédités des deux derniers temps en catégorie LMP1 (26ème et 27ème au classement général), les deux prototypes britanniques montrent encore de graves lacunes en performance pure lors des essais qualificatifs des 24 Heures du Mans 2011. Au pesage déjà, leur finition laissait à désirer, les échappements n’étant même pas montés.

L'Aston Martin AMR-one arrive au pesage des 24 Heures du Mans 2011

L'Aston Martin AMR-one arrive au pesage des 24 Heures du Mans 2011 (© Aston Martin Racing)

Une impression qui sera confirmée en course. Les deux AMR-One n°007 et 009 ne font respectivement que 4 et 2 tours lors des 24 heures du Mans 2011, bien loin de l’image de sportivité et de prestige des Anglais… L’équipe Kronos/Marc VDS, engageant un ancien chassis de Lola B09/60, sera le meilleur représentant d’Aston Martin !

AMR-one : un design agressif mais un moteur pas à la hauteur

AMR-one : un design agressif mais un moteur pas à la hauteur (© Aston Martin Racing)

Un constat s’impose : pour sauver la face, et ne pas faire une saison 2011 totalement blanche, l’état major d’Aston Martin décide de ressortir de sa pré-retraite le chassis 2009 / 2010. De belles prestations en fin de saison (Silverstone, Petit Le Mans et Zhuhai) feront mal oublier l’échec cuisant des 24 Heures du Mans. A l’aube d’une saison 2012 ou l’on attend un affrontement Audi /Peugeot / Toyota, avec Honda qui pourrait se mêler à la bataille, Aston Martin semble bien loin… quel dommage, tant cette AMR-one était exotique, et même jolie à contempler. Elle a déjà été recyclée, sa monocoque étant utilisée par le projet DeltaWing, comme le laissait présager Mulsanne’s Corner.

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