
L'Audi R18 n°2 quitte les stands, en début de soirée, en tête
D’une rare intensité, le duel Audi / peugeot de ces 24 Heures du Mans 2011 restera dans l’histoire de la course. Au delà de cet affrontement, il faut retenir quelques éléments essentiels, qui conditionnent notamment le futur de l’endurance.
La R18 s’impose dès sa première année et inaugure le nouveau règlement
La nouvelle Audi R18 TDi pilotée avec sans froid 24 Heures durant par Benoit Tréluyer, Marcel Fassler et André Lotterer permet à la marque Allemande de décrocher sa dixième victoire dans la Sarthe. Le spectacle aura reteu l’attention de 250.000 spectateurs venus tout au long du week-end, et le final de 13 secondes compte parmi les plus serré de l’histoire. La dernière arrivée digne de ces 24 Heures du Mans 2011 remonte à 2004, avec seulement 41 secondes d’avance pour l’Audi R8 de Ara-Capello-Kristensen sur celle de Davies-Herbert-Smith.

En début de course, les Audi sont ultra dominatrices
Mais ce n’est pas avec cette arrivée que l’on peut comparer la rivalité Audi / Peugeot, qui ne s’est jamais éteinte pendant 24 Heures. La bataille Audi face à Peugeot, parfois jugée soporifique ces dernières années, se hisse au niveau des duels Ford-Ferrari, parmi les plus beaux de l’Histoire de la grande course.

Départ des 24 Heures du Mans 2011
En 2010, le triplé Audi avec la R15+ avait laissé un sentiment mitigé à l’état major de la marque aux anneaux. Le triomphe des trois R15+ semblait avoir été acquis suite aux problèmes des Peugeot 908, par défaut… Mais il ne faut pas perdre de vue que les trois machines allemandes avaient passé le cap des 5400 km. Marko et Van Lennep, sur leur Porsche 917 de 1971, étaient battus par les trois R15+. 2011 instaurait un nouveau règlement, le besoin de revenir à un concept fermé (voir notre article au sujet des 4 raisons pour lesquelles Audi est passé à un prototype fermé). Le concept de la R18, différent de celui de la 908, était en fait bas sur un choix stratégique fort, et une prise en compte globale de tous les éléments de la voiture. Audi a impliqué ses pilotes dès le début, pour faire leur offrir la voiture qu’ils voulaient. Position de conduite, vision, tout a été étudié en amont.

L'Audi R18 n°2 ravitaille - essais des 24 Heures du Mans 2011
Sur la piste, les Audi pouvaient enfin se mesurer aux 908. Pour la première fois depuis 2007, une Audi rivalise en vitesse de pointe avec une Peugeot. Mieux, elle semble à l’aise dans les portions rapides, mais son talon d’Achille est la consommation. Plus gourmande en carburant, comme on l’avait déjà vu à Spa-Francorchamps, la R18 doit son salut à ses pneus Michelin, capables de claquer 5 relais (contre 4 maxi chez Peugeot), mais aussi à ses pilotes. Si Marcel Fassler a joué un rôle moindre, André Lotterer et Benoit (ben-poy) Tréluyer, les deux amis, ont fait la course de leur vie. André Lotterer se paya le luxe de signer le meilleur temps en course, au petit matin, en 3:25.289, profitant d’une météo fraiche et d’une piste claire.

Peugeot 908 lors du warm-up des 24 Heures du Mans 2011
Les quelques gouttes de pluie vues sur le circuit ne changeront pas la donne, la R18 file vers la victoire malgré une crevaison lente, et entre dans la légende.
La bataille Audi / Peugeot fut la plus intense depuis le début de l’affrontement

L'Audi R18 des futurs vainqueurs devant la grande roue
Voir Audi et Peugeot proposer des modèles fermés, en même temps, était un gage de spectacle. Le nouveau règlement 2011 (qui réduit la puissance des moteurs) promettait lui aussi de rééquilibrer la donne. Avec 13 secondes d’écart au final seulement, on peut dire que la mission est accomplie. Avec ces R18 et 908 nouvelles générations, l’ACO tient là un duo sublime, qui place les 24 Heures du Mans 2011 comme le sommet de l’affrontement Audi / Peugeot.
J’ai déjà pu parler, ici même ou ailleurs, de mon sentiment à l’égard de cette bataille. Pour moi, l’intensité maximale avait été atteinte en 2008, tant à Monza qu’au Mans, la nuit, ou Peugeot perdait la course à cause de la pluie. La magie de ce duel, cristallisée par le film « Truth in 24″ n’avait pas eu d’équivalent jusqu’à ces 24 Heures du Mans 2011. De bout en bout, les ténors resteront dans le même tour. Allan McNish est passé un temps second (1 seconde) en prenant le meilleur sur Tréluyer, mais en percutant ensuite le mur… Rockenfeller a pris tous les risques pour dépasser la Ferrari de Robert Kaufman… tandis que les Peugeot 908 seront toujours dans le rythme de la R18, sauf lorsque Wurz sortira à Indianapolis, hypothéquant les chances de la n°7, et qu’un mécanicien oubliait ses protections aux stands, forcant la n°8 à recevoir une pénalité…
Sur un fil, long de 13 secondes, les 24 Heures du Mans 2011 ont rendu leur verdict. Il s’agit sans doutes de la plus belle défaite de Peugeot, la plus dure certes, mais celle ou la bataille fut la plus belle. Les Pagenaud et Bourdais peuvent être fiers d’avoir participé à cette course.
Temps de pilotage des pilotes de l’Audi n°2 et de la Peugeot n°9
Audi R18 n°2
Treluyer – 9h 21m 29s – 147 tours en 3 fois (48 tours, 45 tours et 54 tours)
Fassler – 5h 39m 23s – 89 tours en 2 fois (44 tours et 45 tours)
Lotterer – 8h 07m 34s – 119 tours en 3 fois (38 tours, 20 tours et 61 tours)
Peugeot 908 n°9
Bourdais – 11h 11m 56s – 155 tours en 4 fois (39 tours, 46 tours, 35 tours et 35 tours)
Pagenaud – 10h 13m 04s – 166 tours en 4 fois (36 tours, 48 tours, 37 tours et 45 tours)
Lamy – 2h 02m 18s – 34 tours en 1 fois.
Source : Paul Truswell
Le Mans 2011 a prouvé que l’endurance est passionnante
Je me suis régalé, pas vous ? Lorsque l’on a la chance de vivre les 24 Heures du Mans de l’intérieur comme journaliste, on ne peut que se délecter du spectacle, mais c’est aussi par écrans télé que j’ai observé le match Audi / Peugeot.

Peugeot 908 n°8
Avec une couverture en direct non stop sur Eurosport et Eurosport 2, en HD, des médias toujours aussi nombreux venus de la planète entière, Jean Todt présent dans les gradins… J’ai le sentiment que cette édition restera comme une étape clé, à l’aube du nouveau championnat d’endurance FIA, une publicité géante pour l’endurance.
Tréluyer, Lotterer et Fassler entrent dans l’Histoire
Les « trois potes qui gagnent Le Mans » comme le dit Benoit Tréluyer en conférence de presse après l’arrivée, entrent dans la légende des 24 Heures du Mans. Grâce à cette course au suspense digne d’un Michel Vaillant, et grâce à leur travail en piste absolument remarquable. Le plus expérimenté de la bande, c’est Fassler.

Fassler / Tréluyer / Lotterer
Le Suisse est le premier helvétique à inscrire son nom dans la liste des vainqueurs. Depuis 2006, il vient au Mans, d’abord avec la Courage Judd Swiss Spirit et la Lola en 2007, avant de passer chez Oreca en remplacement de Stéphane Ortelli en 2008 sur la Courage-Oreca LC70 Judd. Un passage chez Corvette et en 2010, il connait sa première titularisation avec l’équipe Audi. Marcel Fassler avait réalisé des test avec la R10, aux Etats-Unis, dans le cadre de l’ALMS, mais son arrivée dans le team n’avait pas suivie. Le DR Wolfgang Ullrich l’avait gardé dans ses papiers, pour le futur.

André Lotterer à la Parade des Pilotes
Il avait aussi dans ses papiers Benoit Treluyer. Le français, qui en était en 2011 à sa septième participation, est un homme rapide, expérimenté, et très riche humainement. Seul pilote à avoir piloté une 908 (c’était avec l’équipe Pescarolo, en 2009, ou il avait abandonné sur sortie de piste) et une Audi, Benoit Tréluyer (ben-poy comme il est surnommé au Japon) fait partie de ces pilotes que l’on aime croiser. Passé par toutes les étapes de la monoplace, il devient même Vainqueur de la Coupe du MondeF3, en 2001, et est cette année là second à Macao. Depuis, il s’illustre en Formula Nippon et en Super GT, loin de nos terres… Il partage d’ailleurs l’appartement d’André Lotterer lorsqu’il va au Japon. En effet, Tréluyer a souhaité s’installer de nouveau en France, et retrouve son copain, pourtant adversaire sur la piste en Super GT, à l’occasion de ses déplacements.
André Lotterer, le plus jeune de la bande, a toujours participé au Mans avec Audi. Via le team Kolles en 2009, avec une septième place à la clé, puis avec la R15+ officielle en 2010, avec laquelle il est second. De mère Allemande et de père Péruvien, André Lotterer est souriant, abordable, humain.
J’ai eu l’occasion de croiser ces trois pilotes, de discuter avec eux, et c’est un équipage magnifique qui l’emporte, pour ces 24 Heures du Mans 2011.
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17 juin 2011 à 0 12 05 06056
C’est un plaisir de lire cet article. Mais je suis encore plus dégoûté de ne pas avoir pu venir cette année… ^^