Howmet TX, seule voiture à turbine victorieuse
Les années 1960 possèdent cette tendresse, cette singularité si particulière, que dans le domaine automobile, tout y semblait possible… Les voitures de compétition à turbines en sont un magnifique exemple. Quel projet aujourd’hui peut se vanter d’être aussi innovant ? Si de nos jours, en endurance, nous avons Audi et Peugeot avec leurs moteurs diesel, figurez-vous que dans les années 60, certains “illuminés” ont créés des projets avec moteurs à turbines. Le pire, c’est que cela fonctionnait plutôt bien, et fonctionne d’ailleurs toujours…
Dans les années 60, plusieurs autos propulsées par des turbines à gaz firent leur apparition comme la STP-Paxton d’Andy Granatelli, la Lotus 56 de Colin Chapman et en 1968, la Howmet TX, machine de compétition américaine dont il est question dans cet article.
Les origines de la Howmet remontent à 1967. Howmet est un projet pensé par Ray Heppenstall, ingénieur automobile spécialisé dans le sport-auto, basé à Philadelphie. Heppenstall était convaincu de la compétitivité d’une turbine, une fois greffée à l’arrière d’un chassis traditionnel. L’idée, ok, mais la réalisation technique ? Il s’adressa à un ami, Tom Fleming, vice président commercial de la firme Howmet, l’une des entreprises américaines leader en matière de métaux spéciaux et de moulages de précision à destination des turbines à gaz de l’industrie aéronautique. Tous les deux, réussirent à engager la marque Howmet dans un programme de sport automobile… voyant dans ce défi un excellent support de communication ! La renommée et les retombées médiatiques ont permis a l’actionnaire principal de Howmet de vendre sa firme un bon prix à Pechiney en 1969. Mais revenons à l’histoire de la Howmet TX.
La première turbine fut fournie par Continental Aviation Engineering. La société avait en stock une dizaine de moteurs à turbines TS325-1, qui devaient équiper des hélicoptères d’observation légers de l’armée Américain (hélicoptère Bell 206). Ce premier moteur, ou plutôt turbine, développait 325 CV ce qui équivalait, selon la FIA, à une cylindrée de 2.960 cm3. Cette puissance classa ainsi la Howmet dans la catégorie des sports prototypes Groupe 6 de la classe 3 litres. 2 moteurs TS325-1 furent fournis, et installés dans un chassis tubulaire construit par Bob McKee (sur base d’une ancinne Mk6, ex Ralph Salyer). Le chassis est ainsi appelé parfois, de manière non officielle “McKee Mk9″.
La première course disputée par la TX fut les 24 Heures de Daytona en février 1968. Deux Howmet TX ont alors participé à la course (une seule en réalité, la n°76, l’autre châssis, plus long de 5,7cm et portant le numéro de chassis 1 servi de mulet). Les pilotes étaient Dick Thompson, Ed Lowther et Heppenstall. Un bris de roulement de turbine puis des ennuis de transmission aux essais ont forcé l’équipe a pas mal de travail, prélevant au passage des pièces sur le mulet. La Howmet TX se qualifie finalement 7e. Pendant la course, alors que Lowther est au volant, la commande d’accélérateur se bloque. Il termine sa course dans le mur. Abandon. La Howmet TX aura tout de même impressionné, pour sa première sortie. Elle était un peu “la star”, car elle figurait en tête sur l’affiche des 24 Heures de Daytona 1968.
La Howmet TX sera 3e sur la grile des 12 Heures de Sebring 1968. Mais à la 7e heure, un support moteur rompt, c’est l’abandon.
Après Sebring et Daytona, la Howmet TX traverse l’atlantique et participe à la 3e manche du championnat du monde, à Brands Hatch (BOAC 500). Thompson et Dibley sont au volant de la voiture, qui porte pour cette course le n°35. 6e temps des essais, la Howmet se paiera le luxe de passer à la 5e place en course, devant le nouveau prototype Ford… Mais dès le 7e tour, des problèmes arrivent, similaires à Daytona. Abandon.
Le week-end suivant, Dibley pilota la voiture à la “Guards Spring Cup” à Oulton Park. C’est cette fois un problème d’allumage, au moment de repartir après son ravitaillement, qui cloue la voiture au box… Pas de crash cette fois-ci, mais un nouvel abandon. En 1968, les 24 Heures du Mans sont décalés en septembre (la 36e édition des 24 Heures du Mans s’est déroulée les 28 et 29 septembre 1968) ce qui laissa plus de temps aux équipes pour se préparer. Suite à cette annonce de décalage de la grande classique Mancelle (à cause des événements de mai 1968), l’équipe Howmet décida de rentrer aux ETats-Unis pour parfaire sa préparation. C’est ainsi que la Howmet TX a participé à plusieurs courses de seconde zone aux Etats-Unis (courses régionales SCCA). Il y a notamment eu les 200 miles de Cumberland, 100 miles de Gratta, les Marlboro 300, les 6 heures de Watkins Glen en juillet (épreuve FIA ou deux TX furent engagées, avec Thompson/Heppenstall et Hugh Dibley/Bob Tullius)… La première victoire d’une Howmet intervient d’ailleurs durant cet épisode américain. Le 16 juin 1968, la Howmet TX de Dick Thompson/Ray Heppenstall remporte les Marlboro 300, signant au passage un nouveau record de piste.
Après cette parenthèse, retour en Europe : Aux 24 Heures du Mans, les problèmes vont survenir très vite en course. Après 3 tours, Heppenstall relaie Thompson. Ce dernier constate, comme son coéquipier, qu’un problème d”injection limite la turbine à 70% de sa puissance. Une sortie de route, peu avant 22h, à Indianapolis, endommage définitivement l’auto (Thompson part en tonneau). L’autre auto, celle de Dibley-Tullius sera elle victime d’un roulement. Voila comment se solde l’aventure (courte) de la Howmet TX. Lorsque le programme de compétiton fut terminé, Bob McKee a racheté les deux exemplaires 1 dollar symbolique à Howmet…
Avec une seule victoire, dans une course américaine méconnue, et une participation aux 24 Heures du Mans, la Howmet TX n’est pas une incontournable de l’endurance… mais sa motorisation si particulière en ont fait un objet étrange ! Aujourd’hui, le français Xavier Micheron possède un exemplaire de Howmet TX. Elle fut aperçue notamment au Mans Classic 2008 mais aussi lors de la manche de Classic Endurance Racing à Silverstone ou encore au Goodwood Festival of Speed. Il s’agit de l’exemplaire le plus long en taille. Restaurée en 1996 par Bob McKee à la demande du collectionneur qui la possédait, cette Howmet TX ne dispose plus de la turbine de base mais d’une turbine Allison (les Continental n’étant plus disponibles).
A lire pour en savoir plus :
- Une excellente interview de Xavier Micheron, propriétaire d’une Howmet TX
- L’histoire (en anglais) de la Howmet TX
- Vous pouvez retrouver ici la liste des engagés aux 24 Heures de Daytona 1968
Crédit photo : Jojo Cence et swh et Tim Dunlop










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