Interview // Henri Pescarolo, son retour, sa victoire, ses 10 ans de team manager !

Pescarolo de retour en endurance après 1 an d'absence

Pescarolo de retour en endurance après 1 an d'absence

Quelques jours avant la journée test des 24 Heures du Mans 2011, Henri Pescarolo a accordé un peu de temps à Endurance Magazine (ndlr : interview à retrouver dans le prochain numéro de l’endurance pour nos amis Anglais, avec la complicité de Jake Yorath). Il revient sur l’année 2010 et surtout le débarquement triomphal de la Pescarolo 01 au Castellet, avec la victoire de Tinseau / Collard / Jousse. Ému par ce retour, salué par de nombreux fans, Henri Pescarolo évoque cette année 2010 qui l’a vu passer par toutes les étapes. Le Pescarolo Team Autovision est bien lancé, et Pescarolo de retour au bord des pistes. Interview.

Geoffroy Barre : Revenir en Le Mans Series, comme si de rien n’était, avec une victoire, c’était l’élément indispensable pour bien lancer le Pescarolo Team Autovision ?

Henri Pescarolo : Oui, c’était capital. L’année 2010 fut une année de mort. J’ai ressenti le besoin de faire entrer chez moi des investisseurs pour franchir une étape supplémentaire, mais il se trouve que je suis tombé sur un escroc qui a détruit l’écurie en 1 an. 2010 fut l’année de disparition. A ce moment, j’ai décidé, avec mon personnel qui était au chômage, et plusieurs partenaires, de reconstruire une écurie, qui est donc Pescarolo Team. C’est ce qui est arrivé avec le concours de deux amis (Jacques Nicolet et Joel Rivière) qui m’ont aidé à reprendre les actifs de Pescarolo Sport, et surtout nous avons réussi à lancer cette écurie avec l’arrivée d’un nouveau partenaire, qui s’appelle Autovision.

Retour gagnant au Castellet avec une victoire (photo Pescarolo V-Images)

La course du Castellet avait une importance phénoménale pour nous, parce que on devait se prouver à nous même, puisque nous n’étions plus en activité depuis 1 an, et à tous qui pensaient jamais j’arriverai à relancer une écurie, que la même équipe revenait, et au niveau de 2009, c’est à dire une équipe potentiellement gagnante. La prestation du Castellet a ainsi été capitale, pour nous rassurer nous, aussi bien à titre personnel qu’au niveau de la concurrence. Cela a aussi envoyé un signal à ceux qui n’ont pas trop cru en notre retour que nous étions là et bien là, vainqueurs dès le début.

G-B : Ce qu’a fait Jacques Nicolet avec Joel Riviere a ému le monde du sport auto. Tout le monde du sport auto a vu dans ce geste (le rachat des actifs de Pescarolo Sport), un geste d’amour pour la compétition, et de grande amitié. Comment avez vous eu conscience de cet impact auprès du monde du sport auto en général ? La haie d’honneur des autres équipes, au 6 Heures du Castellet, est-elle le plus beau témoignage de cet « émotion » que suscite aujourd’hui encore Pescarolo ?

H-P : Ce fut une récompense effectivement, plus qu’une reconnaissance. Il y a des gens qui ont pris des risques financiers, en reprenant les actifs, qui m’ont donné leur confiance, sur ma capacité à recréer mon écurie. Mais ils me l’avaient clairement dit en me remettant les clés, ils ne feront pas partie de la société Pescarolo Team, et ne participeront pas au financement de l’écurie. Dès le départ j’ai donc eu l’entière responsabilité et la charge de trouver les budgets nécessaires pour relancer mon écurie et assurer une année de compétition. Pour tous ceux qui m’ont aidé et fait confiance, c’est une récompense formidable.

Henri Pescarolo

Ce qui m’a vraiment fait chaud au cœur durant cette période 2010 / début 2011, c’est qu’après avoir été dans les mains d’un escroc, je me suis aperçu qu’il y avait des gens pour racheter le genre humain. On a créé l’association Pescarolo 2011, car les gens voulaient m’aider mais ne savaient pas comment faire. Avec ceci, nous avons eu 1300 inscriptions et on a récolté en dons, presque 100.000€. Tous ceux qui étaient au Mans avec des casquettes vertes et des drapeaux verts en 2010, m’ont énormément soutenu, et cela m’a fait chaud au coeur. Gagner la première course à laquelle on participe est le plus beau cadeau que l’on pouvait faire à toutes ces personnes qui ont cru en nous.

G-B : J’imagine que vous connaissiez votre potentiel, et que la victoire était l’objectif, mais vous attendiez vous à ce type de course ? Un premier relais de Christophe Tinseau magistral, un départ complètement catastrophique que l’on connait, les Rebellion qui ont eu du mal en course, la nouvelle AMR-one larguée… cela fait beaucoup de données qui, même dans le scénario le plus complexes, ne pouvaient être prévisibles ?

H-P : Je n’imaginais en effet pas les 6 Heures du Castellet comme ça. Ce qui m’avait un peu rassuré c’était les essais préliminaires. Pendant des essais, on ne sait jamais vraiment dans quelle configuration sont les concurrents, mais ce qui m’a rassuré était de voir les 4 LMP1 qui vont se battre pour le championnat, regroupées en quatre dixièmes. Il restait à confirmer en course, car les essais ne sont pas la course… Les qualifications aussi furent rassurantes, puisque nous avions la pole jusqu’au dernier tour (avant que Neel Jani ne prenne finalement le meilleur). Ce qui m’a inquiété en revanche, c’est l’erreur assez grave que nous avons commise, c’est à dire de ne pas vérifier l’épaisseur de notre planche avant les qualifications, ce qui nous a retiré notre temps, et nous a fait partir de la dernière place… A partir de là, j’étais très inquiet, car sachant que nous sommes tous proches les uns des autres, avec les Rebellion et la Zytek, partir de la dernière ligne présentait un risque d’être pris das un carambolage, et boucler le premier tour avec 30 ou 40 secondes de retard sur les premiers n’est jamais simple. Je savais d’expérience que sr une course de 6 Heures, 30 ou 40 secondes de retard ce n’est pas forcément irrémédiable. Nous nous sommes alors appliqués avec Claude Galopin (ndlr : le responsable technique chez Pescarolo Team), l’équipe, et les pilotes, à ne faire aucune faute.

Ce qui est positif c’est de voir que ce n’est pas seulement parce que les Rebellion ont eu des problèmes que l’on a gagné, mais ausis parce que nous étions dans le rythme.

G-B : Vous repartez avec un équipage 100% français ! Pas si évident à imaginer il y a quelques mois. Avec Christohe Tinseau, un fidèle, Manu Collard qui a quitté Corvette et qui a débuté l’endurance à vos cotés, et Julien Jousse, le petit nouveau… Ont ils eu un peu de trac ?

H-P : Non, aucune nervosité, bien au contraire, une grande confiance des pilotes envers l’équipe et réciproquement. Cela est normal car pour deux d’entre eux, ils sont vraiment chez eux. Il ne faut en effet pas oublier que Manu Collard, je lui ai fait découvrir l’endurance en tant que coéquipier sur la Courage de la Filière, nous avons gagné deux championnats LMS ensemble. Christophe Tinseau est chez lui au Technoparc, il ne nous a jamais réellement quitté. Ce qui m’a surpris c’est que Julien Jousse aussi était serein.

Jousse / Collard / Tinseau

Pour lui c’était quelque chose de nouveau, des débuts en prototypes. Il ne connait pas l’équipe, ni son ingénieur, et il a abordé cela avec un calme parfait et appliqué les consignes comme demandé. Il est allé aussi vite que ses coéquipiers, et a largement contribué à la victoire. Gros coup de plaisir à voir que nous ne nous sommes pas trompés en prenant Julien Jousse avec nous, car il est de la race des grands pilotes.

G-B : L’arrivée des constructeurs en nombre (Nissan, Toyota, Honda en plus de Peugeot et Audi) va t-elle aider à mettre en place de vraies équivalences… on sait que le sujet vous intéresse de près, alors cette arrivée de grands noms peut-elle aider votre lobbying ?

H-P : Oui c’est ce que je dis depuis 4 ans. Le jour ou il y aura un lobbying identique auprès des organisateurs de la part de constructeurs ayant un moteur essence, face à ceux en diesel, alors nous aurons une vraie équivalence. Je pense encore que cette année ce ne sera pas le cas. Nous n’avons jamais roulé ensemble donc nous verrons bien et j’espère me tromper, mais d’après les échos que nous avons eu, les performances de Peugeot au Ricard pendant leurs essais d’endurance sont loin de prouver que nous sommes arrivés à des équivalences.

Pesca (Henri) et Pesci (Alexandre) pour mener la Rebellion face aux diesel ?

Je ne fais pas de procès d’intention à priori, on va se retrouver sur la piste du Mans, même si je ne suis pas sur qu’ils dévoileront leur vrai potentiel. Malgré la diminution des cylindrées, l’équivalence est identique, et la situation ne bouge pas.

G-B : Les Le Mans Series sont dans l’ombre de l’ILMC et pour une bonne partie du championnat, il va falloir composer avec les autres concurrents. Comment voyez vous cette évolution des LMS qui se sont faites colonisées par l’ILMC ?

H-P : Patrick Peter l’a annoncé, 2010 sera la dernière année ou la Le Mans Series sera un championnat de haut niveau. Pour 2012, et sans que cela soit péjoratif, le championnat deviendra une rampe d’accès au championnat d’endurance ILMC. C’était donc pour le moment plus raisonnable pour nous de nous attaquer à ce championnat, avec des concurrents durs à battre comme Rebellion Toyota et Zytek, plutôt que d’essayer de se battre contre Audi et Peugeot, en ILMC, avec un budget que je n’ai pas, sachant de plus que nous n’avons aucune chance de les battre cette année. J’ai par contre gagné deux fois les Le Mans Series, alors le décrocher une troisième fois pour sa dernière saison en haut niveau, c’est un objectif à notre portée.

Pescarolo 01 à la journée test

L’autre raison, c’est le calendrier. Pour Peugeot et Audi, il est important d’aller gagner en Chine, mais pour mes partenaires actuels, on se situe plutôt sur le marché Européen, qui colle parfaitement avec le calendrier Le Mans Series.

G-B : Au lendemain des 24 Heures du Mans 2011, l’objectif principal sera de passer en ILMC 2012 et de trouver les partenaires dans ce sens ?

H-P : Je suis déjà en train de travailler pour 2012. Mon rôle de chef d’entreprise c’est de regarder le moyen terme pour assurer le financement de la saison actuelle. Je ne sais pas encore si je vais réussir à faire ce que je veux, mais il est vrai que la voiture commence à dater un peu, il serait pas mal d’en faire une nouvelle quand j’aurai les moyens. Si ce n’est pas pour 2012, ce sera en 2013. Nous ferons évoluer la voiture actuelle, mais il faudra changer beaucoup de choses. Nous allons essayer de reprendre le cours de ce que nous devions faire fin 2009 et début 2010.

G-B : Voila un peu plus de 10 ans que vous êtes team manager, et cette année, ce sera la 11e participation de l’équipe Pescarolo, sans Henri derrière le volant. Que vous dites vous ? Déjà 10 ans que je ne pilote plus je ne m’en suis pas aperçu ou alors, ces 10 années de team manager sont « plus longues » que 10 années de pilotage ?

H-P : 10 ans c’est la totalité de la vie de l’écurie Matra Sport. C’est une période qui parait longue et extraordinaire pour le sport automobile français, mais on oublie que Matra ca n’a duré que 10 ans.

Courage C60 Peugeot pour Le Mans 2002

Pescarolo, cela a déjà duré 11 ans, donc j’estime que c’est un exploit d’avoir duré si longtemps, ou peut-être est-ce normal ? J’estime que c’est un exploit quand on pense au contexte actuel de la France, pays sinistré sur le plan de l’image de l’automobile. Il est politiquement incorrect de parler voiture, un automobiliste est un assassin en puissance, une voiture est une machine à trouer la couche d’ozone, et la course automobile n’a aucun intérêt… Réussir à trouver des partenaires dans ce contexte là, plus la crise économique, je considère que ces 10 années sont passées vite, et c’est exceptionnel d’être encore là.

G-B : Dans une interview accordée à il y a plusieurs années, vous parliez déjà de cette situation anti auto, et vous évoquiez aussi la vitesse sur autoroute. Vous disiez notamment que « les gens ne savent pas freiner, pas tenir un volant, rien… Si on leur apprenait vraiment à conduire, il n’y aurait plus besoin de limitations, sauf quand elles s’imposent en fonction des conditions de circulation ». Une cause perdue aujourd’hui ou c’est toujours une idée qui vous habite ?

L'endurance avril 2011 avec Pescarolo

H-P : C’est une cause perdue, c’est définitivement classé. Quand je dis qu’on a le plus beau réseau autoroutier d’Europe, je le pense, et faire Paris / Marseille à 130 km/h c’est totalement débile, mais bon, n’en parlons plus, moi je prends le TGV maintenant ! Par contre, ce qu’on oublie de dire, c’est que les équipementiers automobiles, les sous traitants, représentent 12% du PIB en France. L’automobile fait rêver, est un moyen de se déplacer sur tout le territoire… Mais parler de l’automobile de manière négative en France, c’est ce qui a a chassé le GP de France de F1 et qui rend l’accession au haut niveau difficile pour les pilotes tricolores…

Retrouvez cette édition traduite en Anglais par Jake Yorath dans l’endurance.

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Endurance Magazine est un blog pour les passionnés d'endurance et de sport auto créé par Geoffroy Barre, qui suit les 24 Heures du Mans depuis 1993 et se rend sur les meetings ELMS / WEC. Rejoignez moi sur mon profil

2 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. on ne changera jamais le grand HENRI , je pronostique une cinquieme place aux 24 heures du mans .
    le savoir faire est primordial!!

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