WEC 2012 // 5 raisons pour lesquelles les équipages de pointe vont changer en 2012

La Peugeot 908 a survolé l'ILMC en 2011

La victoire décrochée par Peugeot à Zhuhai, et le couronnement de la marque française en Intercontinental Le Mans Cup marque la fin d’une saison 2011 ou tout aura été raflé par Peugeot… à l’exception, vous le savez, des 24 Heures du Mans.

La Peugeot 908 a survolé l'ILMC en 2011

La Peugeot 908 a survolé l'ILMC en 2011

Une superbe performance pour la première saison de la « nouvelle » 908 (n’oubliez pas qu’il s’agit d’un modèle qui n’a qu’un an d’existence) tandis que l’Audi R18 est, elle passée à coté de sa saison. Plus que jamais, la trêve hivernale qui va débuter s’annonce passionnante pour les amateurs d’endurance.

Voici 5 raisons pour lesquelles les équipages de pointe vont changer en 2012

1. Car chez Peugeot il va falloir remplacer l’ami Pedro (Pedro Lamy, ok) et faire le ménage
2. Parce que Dindo Capello est en âge de lire le magazine « Notre Temps »
3. Parce que après Colin McCrash nous avons Allan McCrash
4. Parce que Toyota ne compte pas embaucher que des Japonais aux prénoms imprononçables
5. Parce que certains « gamins » se sont fait une place depuis quelques mois

Changements de pilotes chez Peugeot

Au lendemain des 24 Heures du Mans 2010 et de la déconvenue des Peugeot 908, Olivier Quesnel avait lancé un message fort en renouvelant sa confiance aux 9 pilotes officiels. Une décision « sage » que je saluais à l’époque, car elle permettait de préparer de manière sereine la fin de saison, et 2011. Je pense que c’est dans cette volonté intervenue en juin 2010 de persévérer qu’il faut trouver les racines des victoires décrochées cette année en ILMC. Mettons de coté, un moment, l’écart minime qui a séparé l’Audi R18 victorieuse et les 3 Peugeot 908. Il a manqué 13 secondes, oui, mais les Peugeot 908 ont montré en 2011 une fiabilité exceptionnelle. Le premier abandon n’est intervenu qu’au Petit Le Mans, superbe performance.

Peugeot 908 24 Heures du Mans 2011

Peugeot a tout raflé cette saison, sauf les 24 Heures du Mans

Stéphane Sarrazin, Franck Montagny ont confirmé leur talent, Anthony Davidson, Simon Pagenaud et surtout Sébastien Bourdais ont crevé l’écran. Reste que les 24 Heures du Mans n’ont pas été décrochées…

Et Pedro Lamy fut la première victime collatérale. Avec un temps derrière le volant ridicule face à ses équipiers, et plusieurs fautes accumulées en début de saison, Pedro Lamy n’a pas été sollicité pour termine le championnat ILMC. « Je regrette de ne pas avoir conduit plus. A l’aube, l’équipe a choisi de privilégier mes deux coéquipiers et j’ai respecté cette décision. Ils avaient été légèrement plus rapide que moi, il était donc normal de prendre cette décision. Il y a d’autres moments où je suis plus rapide que mes coéquipiers, comme ce fut le cas à Spa où c’est à moi que l’on avait demandé d’effectuer trois relais consécutifs » expliquait-il après Le Mans. Le Portugais a rebondit chez BMW, lui qui possédait le statut de pilote officiel dans les deux marques.

Le Mans Live croit savoir que Nicolas Minassian et Marc Gené seront toujours titulaires en 2012… Pas si évident, car ces pilotes n’ont pas été sollicités non plus par Peugeot Sport après Le Mans, les deux hommes faisant une brève apparition au Petit Le Mans avec la « vieille » 908 du Team Oreca. Ce qui est confirmé par contre, c’est le départ d’Alexander Wurz chez Toyota. Deux places à prendre donc au minimum. Franck Mailleux, Bertrand Baguette, Luca di Grassi, Loic Duval, Fred Makoviewcki, Olivier Pla ou encore Marino Franchitti sont souvent nommés dans ce dossier. Peugeot cherche une descendance à l’équipage Brabham, Gené, Wurz.

Audi et son équipe de retraités

Les « papy de l’endurance ». Voila une expression qui est utilisée depuis quelques années pour parler de la triplette Capello / McNish / Kristensen. Un surnom « familier » pour ces pilotes expérimentés, qui passe de plus en plus mal. Leur dernière victoire aux 24 Heures du Mans, ces trois là l’ont décroché en 2008. Avec une Audi R10 moins rapide que la jeune 908, mais bien plus fiable et rapide sous la pluie, les compères ont remporté une victoire magique, relatée dans l’excellent Truth in 24. Et depuis ? Plus de victoires dans la Sarthe.

Rinaldo Capello aux 24 Heures du Mans 2011

Rinaldo Capello aux 24 Heures du Mans 2011

En 2009, c’est Peugeot qui s’est imposé. Une défaite qui a ses raisons, et que les pilotes ont digéré. Manque de temps pour la mise au point de la R15 (pas de roulage au Mans avant le mercredi précédent la course à cause de la suppression de la journée test), concept trop novateur, et surtout querelle technique autour de ces fameux flux d’air. Le Mans 2009 reste une défaite acceptée par Audi, et par le trio.

Désormais, il ne faut pas être Danois, Italien ou Ecossais pour l’emporter au volant d’une Audi.

Mais les années 2010 et 2011 sont bien plus lourdes à digérer. Deux victoires pour Audi, et autant de succès pour les « jeunes ». Vous savez, ceux qui à l’époque étaient sur la troisième voiture, les petits à qui l’on donne une tape de dans le dos. Bernhard, Dumas et Rockenfeller furent les premiers à entamer la révolution chez les allemands. Désormais, il ne faut pas être Danois, Italien ou Ecossais pour l’emporter au volant d’une Audi.

Audi R18, 24 Heures du Mans 2011

Audi R18, 24 Heures du Mans 2011

En 2011, le succès de Tréluyer / Fassler / Lotterer confirmera ce changement. Les victoires Audi de 2010 et 2011 sont restées en travers de la gorge des « papy » qui doivent se ressaisir. C’est dans ce contexte que Dindo Capello devrait partir à la retraite, comme cela était annoncé en début de saison. « Après avoir couru pendant plusieurs saisons en Super Tourisme, il participe au développement du premier prototype d’Ingolstadt, le pilote italien a collaboré à tous les challenges que la marque a relevés au cours de cette dernière décennie » peut-on lire sur Pitlane Vision. Une place qui se libère chez Audi, et un héritage à honorer. Marco Bonanomi semble tout désigné pour ce poste.

Allan McNish en perte de confiance

Si c’est Tom Kristensen qui a hérité du surnom de Monsieur Le Mans, Allan McNish ne totalise que 2 victoires dans la Sarthe, mais un palmarès hallucinant. Avec seulement 4 abandons en 12 participations, Allan McNsish a toujours terminé dans le Top 5, et même à 7 reprises dans le Top 3.

Crash d'Allan McNish aux 24 Heures du Mans 2011

Crash d'Allan McNish aux 24 Heures du Mans 2011

Seulement, Allan McNish va ressortir de sa saison 2011 avec un sentiment de frustration. Des erreurs, des abandons, de nombreuses touchettes en piste. Aucune victoire à l’horizon pour l’Ecossais, une « saison blanche » en quelque sorte pour lui. « Cela a été un peu stérile comme saison » explique Allan dans les colonnes de The Guardian. « C’est quelque chose dont nous n’avons pas vraiment l’habitude, et avoir l’accident au Mans si tôt dans la course a été difficile. J’ai toujours été rapide, et en tête de course, mais il y a eu trop d’incidents dans le trafic. Il y a un sentiment général de frustration quand je repense à l’année écoulée« . McNish est philosophe, et a déjà essuyé des sorties de piste conséquentes (Suzuka 2002 en F1).

Allan McNish chez Toyota F1

Allan McNish chez Toyota F1 (photo Toyota Motorsport)

Marqué par sa sortie du Mans, il est conscient d’avoir échappé à un destin plus tragique, comme celui de Dan Wheldon ou Marco Simoncelli récemment.

Les ambitions de Toyota en LMP1

Même si Toyota n’est pas la première marque Japonaise à avoir participé aux 24 Heures du Mans (il s’agit de Mazda avec une Sigma MC 73-Mazda e 1973), les participations du premier constructeur mondial ont marqué l’hsitoire récente de la course. A partir de 1985, on assiste aux débuts de l’équipe officielle Toyota, avec un châssis conçu par Dome. La marque sera le grand ennemi de Peugeot notamment en 1993 avec des pilotes comme Eddie Irvine ou le regretté Roland Ratzenberger, sans oublier Jan Lammers, Juan Manuel Fangio (II) et même Bob Wollek en 1994, avec le Nisso Trust Racing Team. Un échec face à Peugeot puis Porsche au début des années 90.

Toyota GT-one aux 24 Heures du Mans 1999

Toyota GT-one aux 24 Heures du Mans 1999 (photo Toyota Motorsport)

Toyota tente alors l’aventure du GT, avec des Toyota Supra Biturbo GT LM en 1995 (2 exemplaires) et 1996 (1 exemplaire). Puis c’est ensuite en 1998 et 1999 que les Japonais vont revenir, participer à l’édition du siècle comme elle était alors surnommée, face à BMW, Mercedes, Nissan, Audi ou encore Panoz et Chrysler. 3 Toyota GT-one en 1998, et 3 autres en 1999, mais pas de victoires. Face à Porsche et sa GT1, ou BMW et sa v12LMR, les Toyota GT-one pourtant plus rapides en performance pure vont se casser les dents.

Ukyo Katayama, Keiichi Tsuchiya et Toshio Suzuki sont les Japonais de l’aventure. Tant en 1998 qu’en 1999, ce sont eux qui seront les mieux placés à l’arrivée. 9e en 1998 et 2e en 1999

Au volant, des pointures comme Martin Brundle, Eric Hélary et Emmanuel Collard, Thierry Boutsen ou encore Allan McNish. Ukyo Katayama, Keiichi Tsuchiya et Toshio Suzuki sont les Japonais de l’aventure. Tant en 1998 qu’en 1999, ce sont eux qui seront les mieux placés à l’arrivée. 9e en 1998 et 2e en 1999, ils n’arrivent pas à faire triompher Toyota. On connait la suite, la marque se tourne vers la Formule 1.

Toyota a fait ses années F1, sans grand succès, et se réoriente vers l’endurance. Mais depuis 10 ans, tout a changé. Audi et Peugeot sont installés durablement avec des voitures aussi rapides que fiables, dont le niveau de technicité n’a rien à envier à la Formule 1. De son coté, Toyota est devenu le premier constructeur mondial, et s’est forgé une image avec la technologie hybride, via la Prius. Une technologie qui justement, fait sa grande apparition aux 24 Heures du Mans. Toyota veut effacer la page F1, et revenir au top niveau, décrocher un grand succès en sport automobile, qui manque depuis des années.

Après Peugeot, Oreca est maintenant partenaire technique de Toyota

Après Peugeot, Oreca est maintenant partenaire technique de Toyota

Alexander Wurz, vainqueur des 24 Heures avec la Peugeot 908 en 2009, est le premier pilote confirmé, aux cotés de Nicolas Lapierre, qui a fait ses armes chez Oreca ces dernières saisons, avec la 908, lui aussi. Kazuki Nakajima est le premier japonais confirmé… qui en appelle d’autres. Toyota pourrait bien tirer profit de ce mercato, qui va toucher les trois grands constructeurs. La redistribution des cartes sera générale. Si Toyota parvient à trouver une belle homogénéité dans es pilotes, alors on pourrait voir de belles choses.

Les jeunes-loup à la conquête du Monde

Ils s’appellent Julien Jousse, Loic Duval, Olivier Lombard ou encore Matthieu Lahaye, Pierre Ragues, Julien Canal. En 2011, les belles surprises se sont multipliées. Julien Jousse a confirmé tout le bien que le grand Henri pensait de lui, et a réalisé une superbe saison au volant de la Pescarolo, faisant oublier qu’il effectuait là sa première année en prototypes.

Julien Canal a brillé toute la saison en GTE-Am sur Corvette

Julien Canal a brillé toute la saison en GTE-Am sur Corvette

Victoire d’entrée de jeu au Castellet, avec des tours rapides et constants, des 24 Heures du Mans de haute volée. Le grand Julien Jousse, pur produit Sarthois (il était auparavant chez Luc Alphand), a de très belles années devant lui en prototype.

Loic Duval aux 24 Heures du Mans 2011

Loic Duval aux 24 Heures du Mans 2011

Que dire de Loic Duval ? Il a confirmé sa pointe de vitesse et ses qualités de constance en piste. Toyota pourrait le récupérer (mais il court pour Honda en Super GT), ou alors va t-il prendre un siège chez Peugeot. Appliqué, Loic Duval sera parmi les prochains français à remporter les 24 Heures du Mans, j’en prends le pari.

Loic Duval sera parmi les prochains français à remporter les 24 Heures du Mans

Mon coup de coeur 2011 ? Olivier Lombard. J’ai eu la chance de croiser le « gamin » aux 24 Heures du Mans puis à Silverstone, et il force le respect. Encore timide, derrière le volant, il se transforme en pilote impressionnant, et a mérité sa victoire au championnat Le Mans Series et aux 24 Heures du Mans en catégorie LMP2. Un jeune talent a qui il faut confier un volant officiel au plus vite, tant il fait preuve d’application et de persévérance dans son apprentissage. Rarement autant d’aussi bons pilotes français se sont retrouvés sur le marché, avec trois grands constructeurs en lice pour la victoire. En 2012, et pour prolonger les succès de 2010 et 2011, on pourrait de nouveau voir un français triompher.

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Endurance Magazine est un blog pour les passionnés d'endurance et de sport auto créé par Geoffroy Barre, qui suit les 24 Heures du Mans depuis 1993 et se rend sur les meetings ELMS / WEC. Rejoignez moi sur mon profil

4 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. Parmi les jeunes qui ont fait du bon boulot, il ne faut pas oublier Dominik Kraihamer qui a fait un festival en 2e partie de nuit au Mans 2011 sur la Oreca LMP2 (malheureusement inutile, merci David, le seul pilote qui sort sous safety-car…).

    D’autre part je crains qu’un excellent pilote comme Loic Duval -qui doit gagner Le Mans (on est d’accord)- fasse les frais de la redistribution des cartes après le retrait de Peugeot. Sauf si AUDI lui offre enfin le volant qu’il mérite.

    Sinon, d’accord avec Florian : très intéressant comme article.
    Merci, et…
    …peut-être au Mans 2012.

  2. @frederic : merci pour le compliment sur l’article ! En ce qui concerne Loïc Duval c’est effectivement dommage que cette décision de Peugeot soit si tardive… Dario Franchitti a lui aussi été approché et devait piloter la 908. Les langues vont se délier et je suis certains que l’on va en savoir plus dans les semaines a venir sur cette intersaison catastrophique de Peugeot.

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